Épisode 4 : Monténégro
- Amélie Bonnet
- 29 nov. 2019
- 2 min de lecture
Le bestiaire de Lily
Virpazar

Petite pépite de nature touchant du bout des doigts la porte de l’Europe, le Monténégro m’accueille avec l’hospitalité de ses habitants, des cappuccinos à gogo et sa fameuse baie de Kotor. Labyrinthe d’eau de mer encerclé de montagnes noires, la route sinueuse qui l’accompagne aboutit à une ascension mythique. Mille mètres d’altitude, vingt-cinq virages, quatre heures de vélo pour mon équipage. Petit exploit cycliste applaudit vigoureusement par les quelques motards au gros bras et à la barbe pointue attablés au café du sommet. Avalant encore un peu plus de bitume, vent dans les mollets, j’aperçois enfin le lac Skadar. Immense étendue d’eau douce, il est partagé par les monténégrins et les albanais. Sur ses berges, j’y retrouve Olivier, marteau à la main, travaillant pour le glamping de Matthew et Daria*. Une nouvelle aventure nous appelle alors, et nous troquons le guidon pour la pagaie. Trois jours de road trip en canoë à travers les nénuphars et les roseaux, naviguant vers la lenteur extrême. Immergés au milieu des oiseaux et des tortues d’eau, nous salons quelques pêcheurs. Au loin, une poignée de bateaux de promenade. Nous les suivons pour retrouver le port de Virpazar, le village touristique de la région. Au milieu des cartes postales passées par le soleil, d’une forêt de pancartes « boat tour » et de chinoiseries estampées d’un Monténégro, une femme peint des pélicans. Elle s’appelle Ljiljana Knezević. Elle m’accueille tout sourire dans sa boutique multicolore. Ljiljana est en train de vivre sa seconde vie. Après avoir travaillé dans la restauration et exploré le monde, elle est revenue dans son village natal. C’est à son retour qu’elle a commencé à mettre les mains dans la terre et à modeler des animaux. Le succès grandissant de son bestiaire l’invite à en faire une activité professionnelle. Le rêve est lancé. Son but premier est de proposer des souvenirs de qualité. Elle travaille une argile blanche importée d’Allemagne et deux oxydes. L’oxyde de fer lui permet de souligner les lignes de ses sculptures. L’oxyde de cuivre quant à lui, est nappé sous une fine couche de verre pilé, fruit du recyclage des bouteilles des restaurants voisins. Ljiljana n’utilise pas d’émail. Quelques moules en plâtre confectionnés par ses soins lui permettent de produire des séries. Cependant, elle prend soin que chaque poisson, chaque oiseau, ait sa touche personnelle en les peignant à l’acrylique de couleurs chatoyantes. Ljiljana puise son inspiration dans l’immensité du lac. Chaque année, elle ajoute un animal à son bestiaire et ses habitués viennent l’acheter les yeux fermés. Les favoris restent cependant le pélican et la fleur de nénuphar, symboles du lac. Ljiljana a le mérite d’être la première du village à proposer des souvenirs fait-main. Elle symbolise le travail artisanal unique et original versus l’industrie du made in China du souvenir à bas prix. J’espère qu’elle va en inspirer d’autres et que bientôt nous apercevrons à Virpazar une forêt d’enseignes d’artisans. Liens: Boutique de Ljljana : Suveniri Stari Most * le glamping Hoopoe a été le fruit du travail de workawayers (volontaires) encadrés par Mattew et Daria.